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Vers une "seconde vie" dans les mondes virtuels ?
Edito
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- Vers une "seconde vie" dans les mondes virtuels ?
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Il y a quelques semaines, Pagesjauneslançait un nouveau service expérimental à Rennes et Paris qui permet de naviguer entre les bâtiments reconstitués en images de synthèse jusqu’à la crêperie de son choix.
Le nouveau service lancé par Pagesjaunes n’est pas le premier à faire appel à la 3D. Les outils permettant d’immerger les utilisateurs d’ordinateurs et demain du GPS de la voiture ou du téléphone mobile dans une « réalité augmentée » sont en plein développement, tel le service GoogleMaps qui combine ainsi itinéraires et images satellite en 3D. Ils s’appliquent déjà à toutes sortes de secteurs : l’architecture, les jeux vidéo avec un rendu de plus en plus proche du réel et les annuaires et services de cartographie. Ces nouveaux espaces et services 3D ouvrent également de nouveaux horizons au commerce électronique et à la publicité en ligne.
De son côté, Microsoft travaille sur le projet Photosynth. Ce nouveau logiciel pourrait révolutionner la façon de traiter et d’afficher les photos numériques dans un espace en trois dimensions. Photosynth sera capable, grâce à des algorithmes, de collecter, d’analyser et de modéliser des photos pour les incorporer dans une scène virtuelle en 3D.
En clair, ces algorithmes extraient de chaque photo des caractéristiques : une fenêtre, un coin de porte, etc.. Si l’une d’entre elles est retrouvée sur plusieurs photos, le programme la matérialise alors en 3 dimensions. Si vous prenez ainsi plusieurs clichés de votre maison, Photosynth repère tous les points de vos photos et les assemblent pour reproduire un ensemble où vous pourrez naviguer en 3D !
Les innovations ne s’arrêtent pas là. Photosynth permet aussi la recherche d’informations à partir d’une photo. Si vous prenez la Tour Eiffel, vous pourrez lancer une recherche via Photosynth qui intègrera celle-ci au sein d’une image plus large (comme le Champ de Mars) récupérée sur la base de données en ligne de Microsoft. Elle vous permettra alors de lire des informations supplémentaires sur le lieu historique de votre photographie.
Mais la 3D est également devenue le vecteur d’un projet global de monde virtuel encore plus ambitieux. Ce projet, baptisé "Second Life" a été lancé en 2002 par le studio de développement en ligne californien Linden Lab.
Second Life (SL) est devenu depuis quelques mois un laboratoire économique unique des mondes virtuels. Ce lieu d’expérimentations brouille les frontières entre virtualité et réalité et fascine ses utilisateurs : 10 % ’entre euxs passent plus de 80 heures par semaine dans SL, selon Philip Rosedale, son créateur.
Dans cet « univers social persistant » en 3D entièrement construit par ses habitants, les activités sont les mêmes que dans notre monde réel : les gens y achètent des terrains et consomment en Linden dollars, la monnaie locale convertible au taux d’environ 300 LD pour 80 centimes d’euro des biens et des services de plus en plus sophistiqués. Des vêtements pour habiller les avatars à l’organisation de mariages en passant par des salons de coiffure ou des oeuvres d’art, cette société en chantier permanent ne cesse de grossir. 300 000 articles y sont à vendre, à des prix allant de quelques centimes à plusieurs dizaines d’euros. SL a même sa businesswoman emblématique, Anshe Chung, l’avatar d’une Allemande d’origine chinoise qui, elle, a fait fortune dans l’immobilier en revendant de somptueuses propriétés virtuelles au style gothique ou méditerranéen.
Mais le plus surprenant, c’est que SL attire à présent des entreprises réelles désireuses de proposer des biens et services aux habitants de ce monde virtuel. Adidas a ainsi annoncé la création de plusieurs modèles exclusifs pour les avatars résidents de SL et le fabricant automobile Toyota entend proposer une version pixellisée de son Scion xB, un 4 x 4 tout-terrain.
En France, le premier centre commercial virtuel a été ouvert fin 2005. Baptisé , Le centre du monde , il regroupe déjà de nombreuses enseignes de renom, convaincues par l’intérêt de cette expérience. Ce site de commerce électronique d’un genre particulier couvre tous les univers de consommation habituellement représentés dans un centre commercial, y compris ces deux derniers secteurs.
Si l’habillement et le multimédia sont ceux qui contribuent le plus au chiffre d’affaires, l’alimentation, l’électroménager, les bijoux, le développement photo ou encore le jardinage font partie des 26 catégories présentes sur le site.
Parmi les partenaires, figurent notamment La Redoute, Promod, Houra, Finaref, Yves Rocher, Fnac, Rue du Commerce, Lastminute, Fauchon, Sarenza...En matière de navigation, plusieurs points d’entrée sont offerts aux visiteurs : la recherche par catégorie (habillement, livres...), par boutique, et un plan graphique. Pour guider les visiteurs, des hôtesses virtuelles assistent l’internaute dans sa visite, par le biais de messages sonores.
Enfin, il faut évoquer le programme de recherche du professeur Mihai Nadin, chercheur à l’Université du Texas, savamment baptisé "Seneludens" (sénescence et jouer, en latin), qui vise à transcrire électroniquement ce qu’il nomme les facultés d’"anticipation" de l’être humain ou "l’interaction entre les capacités cognitives et motrices" qui typiquement déclinent avec l’âge.
Cet ingénieur, informaticien et philosophe de 68 ans, est à la tête d’un budget de 13 millions de dollars sur 8 à 10 ans, financé par l’Université de Dallas mais aussi par des fonds européens, pour imaginer les jeux des baby-boomers vieillissants. "Il ne s’agit pas d’une opportunité marketing mais d’une responsabilité sociale", a affirmé ce chercheur lors d’une conférence sur les Jeux pour la Santé à Baltimore (Maryland). Pour lui, "jouer permet de rester en forme et mentalement actif et de communiquer avec les autres".
A terme, le professeur Nadin espère aboutir à la création de jeux aux sensations physiques, très individualisés voire quasiment sur mesure et totalement transparents pour l’utilisateur, peut-être sans écran, en tous cas, sans clavier ni souris. Le professeur rêve ainsi de donner aux retraités des après-midis virtuels de golf, des séances de natation ou des rêves de catcheur.
Tous ces projets et expérimentations nous montrent que demain, qu’il s’agisse de faire ses courses, de préparer une visite touristique ou culturelle, de chercher un appartement, d’effectuer des démarches administratives, de préparer un cours et, bien sûr, de nous distraire, nous nous plongerons de manière quotidienne dans de multiples mondes virtuels en 3D dont le réalisme sera époustouflant. La combinaison de la géolocalisation personnelle et de la 3D nous permettra à chaque instant d’accéder à une représentation virtuelle de notre environnement afin d’y extraire facilement les informations qui nous intéressent.
Nous pourrons également évoluer dans des mondes virtuels totalement imaginaires que nous aurons nous mêmes créés et dans lesquels se développeront de nouvelles communautés et de nouvelles formes de relations économiques, sociales et culturelles. Plongé dans ce nouveau monde multidimensionnel, l’homme vivra de manière parallèle plusieurs vies et aura accès à un champ des possibles presque infini dont les seules limites seront celles de son audace et de son imagination.
René Trégouët
Sénateur honoraire du Rhône
Président d’ALTIVIS
