Edito

Les technologies de l’information et la robotique médicale vont révolutionner la santé

Date: 7 mars 2007 - Imprimer cette page

Depuis ces derniers mois les expérimentations de télémédecine se multiplient et préfigurent ce que sera la médecine d’ici quelques années. C’est ainsi qu’une nouvelle expérimentation de télédiagnostic en dermatologie aidée par le conseil régional de Bourgogne, se met en place entre l’hôpital local de Louhans et le centre hospitalier de Chalon-sur-Saône, afin de pallier la carence en dermatologues sur le bassin louhannais. Grâce à la visioconférence et au transfert d’images numériques, le spécialiste chalonnais pourra effectuer une téléconsultation. Durant l’expérimentation, il validera son diagnostic lors d’une consultation à Chalon.

En Grande Bretagne, Le projet IWARD consiste en la création d’une chaîne de robot-infirmiers équipés de caméras, de capteurs performants et d’une certaine intelligence artificielle capable de guider patients comme visiteurs dans un hôpital, que ce soit pour trouver une chambre ou obtenir un renseignement important. Mis en chantier par les universités européennes de Dublin, Newcastle, Cardiff et Warwick, le projet a pour but d’alléger la charge de travail des humains travaillant dans le milieu hospitalier afin que le personnel médical passe plus de temps avec les patients, mais aussi dans le but de diminuer les infections qui se propagent dans ces lieux.

Chaque robot-infirmier pourrait également distribuer des comprimés et évaluer la température du corps d’un patient avec un thermomètre laser intégré. Encore plus impressionnant, les machines autonomes pourront communiquer entre elles afin de mieux planifier leurs tâches ; elles utiliseront la reconnaissance faciale et vocale.

Les premiers robots-infirmiers devraient entrer en service en 2010. Thomas Schlegel, qui est à la tête de l’équipe de recherche, souligne que « le principe n’est pas que d’avoir des robots mobiles, mais bien de développer un système de bornes mouvantes offrant à la fois l’information et l’assistance aux gens, de façon à ce que l’hôpital devienne un lieu interactif et intelligent. »

Au Japon, les chercheurs japonais du département robotique de l’Université de Kanagawa ont présenté la seconde version de leur combinaison robotisée destinée au milieu hospitalier. Cette combinaison amplifie la force humaine et doit permettre, à terme, de porter des patients à l’hôpital ou simplement de soulever de lourds objets. Elle est alimentée par des batteries portatives qui permettent à de petites pompes et des capteurs d’aider une personne à amplifier sa propre force. Hiroe Tsukui, qui a essayé cette combinaison, souligne qu’il ne sent pas du tout le poids de l’équipement grâce à l’assistance mécanique. Les capteurs sont capables de déterminer la force complémentaire à apporter afin de soulever un objet déterminé.

La combinaison comporte en effet un réseau de capteurs qui analyse l’activité musculaire des jambes et des bras de celui qui la porte. L’ordinateur de bord prend en compte ces données afin de réguler le flux d’air des pompes. Pour l’instant, la combinaison permet de soulever 30 Kg, en plus de son propre poids et ses batteries lui permettent de rester opérationnelle pendant 30 minutes. "Nous pensons qu’une demi-heure d’autonomie est une durée suffisante, dans la majorité des cas, pour transporter un malade d’un endroit à un autre, au sein de l’hôpital", précise le Professeur Hirokazu Noborisaka, qui dirige ces recherches. Celui-ci poursuit "La prochaine étape va consister à équiper des personnes paralysées ou ayant des difficultés de déplacement liées à l’âge, afin de les rendre plus autonomes."

En Corée du Sud, l’université Kyunghee de Séoul est la première du pays à utiliser Noelle, un robot de taille humaine, et son "nouveau-né" pour que les étudiants en obstétrique puissent s’aguerrir. Grâce à ce robot, nous pouvons pratiquer des accouchements avec ou sans complications, comme des césariennes et des accouchements par le siège", a déclaré à Reuters TV le Professeur Jung Eui. "Les étudiants peuvent ainsi se former dans des conditions très réalistes."

Attroupés autour de Noelle, les étudiants surveillent ses constantes et sortent le bébé de son ventre. Des lumières sur les mains et les joues du "nouveau né", qui est aussi un robot, renseignent sur son état de santé : bleu s’il y a un problème et rose si tout va bien. "Je pense que c’est beaucoup plus efficace que d’étudier dans des livres avant de m’occuper de ma première patiente", a déclaré Woon Ji-kwang, une étudiante.

La Professeur Jung explique que la continuelle baisse du taux de natalité en Corée du Sud diminue les chances de ses étudiants de pratiquer un accouchement. Noelle, achetée 20.000 dollars aux Etats-Unis, est donc devenue indispensable. La Corée du Sud compte actuellement un peu plus de 48 millions d’habitants et l’un des taux de natalité parmi les plus bas du monde, avec une moyenne de 1,08 enfant par femme.

Mais revenons en France où les asmathiques peuvent à présent bénéficier d’une remarquable innovation : le Cairpatch

Cet appareil, qui ressemble à une grosse montre, est le premier du genre à mesurer la concentration dans l’air d’ozone et de dioxyde d’azote, deux gaz qui peuvent provoquer de graves crises d’asthme. "Il y a 3 millions d’asthmatiques en France, dont 160 000 présentent une forme grave d’asthme, qui doivent pouvoir être alertés individuellement lorsqu’un risque se présente. Or les appareils existants étaient encombrants, peu fiables, peu autonomes et coûteux", estime Bruno Aubert, un ingénieur de 47 ans, inventeur du Cairpatch.

Mais si la robotique médicale et le télédiagnostic sont en train de se diffuser dans notre système de santé, les bénéfices de ces remarquables outils innovants ne seront véritablement exploitables qu’à condition que l’ensemble des flux d’informations médicales soient dématérialisées et numérisées et puissent être accessibles à tout moment et en tout lieu, en respectant bien entendu les exigences de confidentialité et de respect du patient.

A cet égard, on voit que partout dans le monde, les concepts de dossiers électroniques de soin et de réseaux numériques intégrant les informations médicales sont en train de s’imposer. Au Japon, le Ministère de la santé japonais compte mettre en place le stockage électronique des données médicales sur carte pour l’ année fiscale 2008. Cette décision a été prise dans le cadre du plan u-Japan dans le domaine de la santé et vise à améliorer les soins et traitements médicaux d’ici 2010 en utilisant les technologies de l’information.

Elle permettra de faciliter la mise à disposition du dossier médical d’un patient afin de permettre la prise en charge de ses soins en toute connaissance de son histoire médicale n’importe où et à n’importe quel moment. Par ailleurs, cette carte permettra d’alléger le contenu papier relatif à la facturation des soins, mais aussi de donner plus de transparence et d’homogénéité au niveau national à cette facturation.

En Grande Bretagne, le réseau N3 réunit les hôpitaux, les cliniques, les pharmacies et tout l’ensemble du dispositif de santé du Royaume-Uni, soit 18 000 sites. Aujourd’hui, près de 97 % des médecins généralistes et plus d’un million de professionnels de santé sont maintenant connectés au réseau N3, lequel constitue sans doute, l’un des plus vastes réseaux privés virtuels de toute l’Europe avec plus de 20 000 km de fibre optique. La prochaine phase de déploiement du réseau N3 concerne l’extension du réseau et l’introduction de services vocaux afin de réduire les autres dépenses. British Telecom a la responsabilité de la fourniture de nouveaux services, tels que ceux des prescriptions médicales électroniques et de l’archivage des documents et des images médicales numérisées.

En France le nouveau plan "Hôpital 2012" met l’accent sur l’informatisation pour tenir compte des besoins croissants d’échanges entre établissements et fait du dossier médical personnel (DMP), une priorité nationale. Ce DMP doit entrer progressivement en service à partir de la fin de l’année. Le dossier médical personnel, qui contiendra l’ensemble des informations et évènements médicaux du patient (prescriptions, examens, radios...) sera informatisé et accessible par Internet. Le patient, qui en sera propriétaire, aura sa propre clé d’accès au dossier.

Mais l’arrivée prochaine du DMP a provoqué une révolution salutaire au sein du monde hospitalier car il suppose, pour bien fonctionner, que toute information ou prescription au pied du lit du malade puisse être saisie et intégrée très facilement au système d’information, si possible en temps réel.

C’est ainsi que, depuis 2000, le service des urgences de l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, a instauré une véritable politique de mobilité, fondée sur des Tablet PC et des solutions RFID pour localiser à tout instant patients et médecins. « Ainsi, l’information est centralisée et toujours disponible en temps réel dans le service qui génère des gains de temps considérables », précise Thierry Joffre, médecin urgentiste au service médical d’accueil des urgences de l’hôpital.

Le Centre Hospitalier Universitaire de Nice s’est, pour sa part, doté d’un projet pilote combinant les technologies RFID et sans fil afin d’optimiser le parcours patient dans le service des urgences. Ce système permet de localiser le patient en temps réel à n’importe quel moment et de n’importe quel endroit du service d’urgence de l’hôpital pour permettre de fournir des soins sans délais ou temps d’attente inutiles. Pour y parvenir, non seulement les patients mais aussi l’ensemble de l’équipement médical et les tablettes PC des médecins sont équipés d’une puce RFID. La « géolocalisation » sans fil du patient et de l’équipement optimise les soins et permet de connaître la disponibilité de l’équipement.

Dès leur arrivée aux urgences, les patients sont immédiatement munis d’un bracelet RFID personnalisé qui les suit à chaque niveau de traitement, en maintenant en permanence le contact avec un moniteur qui enregistre en temps réel toutes les données liées au patient (avec quels professionnels de santé a-t-il été en contact, quels équipements ont été impliqués...). Ces informations sont diffusées auprès du personnel médical simultanément sur des larges écrans LCD et sur les tablettes PC des médecins, également équipés de la technologie RFID.

Cette technologie permet de suivre en simultané l’équipement médical et sa capacité d’utilisation dans un souci d’optimisation et de rationalisation du traitement pour le patient. Le personnel médical du service d’urgence est tenu informé à tout moment du traitement dont ont besoin les patients et peuvent par conséquent les soigner de manière ciblée sans perte de temps inutile. En utilisant le système d’information, le médecin peut également consulter le dossier du patient et accéder immédiatement aux conclusions des dernières analyses.

La combinaison et la synergie qui s’exerce entre ces nouveaux outils et ces réseaux numériques de soins intégrant le dossier médical personnel du patient vont changer la nature même de la médecine et la structure profonde de tout notre système de santé. En favorisant la collaboration entre acteurs et la circulation d’informations à tous les niveaux, cette révolution à la fois technologique et conceptuelle va replacer le patient au centre de notre système médico-social.

Elle va également permettre d’améliorer de manière considérable le rapport coût-efficacité de notre système de soins. Elle va enfin permettre la généralisation d’une prévention médicale personnalisée extrêmement performante. Mais nous devons veiller à ce que chacun puisse bénéficier, indépendamment de sa situation sociale, de son âge ou de son lieu de résidence, de cette médecine numérique qui sera demain un facteur essentiel d’équité sociale dans notre pays.

René Trégouët

Sénateur honoraire du Rhône

Président d’Altivis