Edito

Les robots vont changer la vie des personnes âgées et handicapées

Date: 28 décembre 2006 - Imprimer cette page

Le CHU et l’Université de Nice ont présenté, il y a quelques semaines, RoboDomo, un étonnant robot destiné à aider les personnes âgées dans leur vie quotidienne.En phase de test jusqu’à fin 2007, RoboDomo pourrait à terme, assurer un maintien sécurisé à domicile des personnes âgées. Ce robot peut être piloté à distance très simplement par le biais d’un téléphone portable. De plus, il offrira à terme, un bouquet de services intégrant des objets communicants sans fil, tels qu’un capteur de chute, de température, un tensiomètre, un pèse personne, un pilulier, etc.

Au-delà des aspects techniques, les concepteurs de ce robot tablent sur le fait que « 92% des personnes âgées interrogées souhaitent un maintien sécurisé à domicile » et que d’ici 2020, un quart des Européens seront âgés de plus de 65 ans, ce qui est déjà le cas à Nice aujourd’hui, précisent-ils.

Aujourd’hui, il faut savoir que 10 % de la population mondiale a plus de 60 ans et cette proportion devrait doubler d’ici à 2050.

Toujours en France, des chercheurs du CNRS ont mis au point Monimad, un déambulateur intelligent pour accompagner ceux pour qui la marche est devenue une épreuve, notamment les personnes âgées. Le premier objectif de Monimad est de rassurer l’utilisateur : les poignées viennent chercher ses mains et l’aident à se lever puis à marcher. Si la personne vacille vers la gauche, le robot va le sentir grâce à des capteurs et exercer un effort approprié vers la droite.

Monimad, grâce à sa remarquable conception, peut également permettre à des personnes atteintes de paraplégie de se tenir debout et de faire quelques pas assistés d’un déambulateur.

Le principe est le suivant : des stimulateurs électriques sont implantés au niveau des muscles défaillants qui sont alors capables de fonctionner sur commande, décrit David Guiraud, chercheur à l’ Inria installé au Lirmm et chef du projet Demar (Déambulation et mouvement artificiel).

Les implants sont reliés par ondes radio à un petit boitier externe qui sert à les recharger en énergie et qui effectue le calcul des intensités électriques nécessaires pour activer les muscles ». Ce système a déjà fonctionné sur certains patients.

Selon les médecins, de nombreuses personnes âgées, hospitalisées ou non en centre de soin et actuellement immobilisées, pourraient se déplacer de manière autonome si on leur offrait des déambulateurs (ou cadres de marche) plus adaptés à leurs pathologies. Monimad devrait atteindre le prix d’un fauteuil roulant électrique haut de gamme, et s’adresse donc principalement aux centres de soins et aux institutions. Mais c’est au Japon que les robots d’assistance aux personnes âgées sont déjà en train de devenir une réalité.

En 2015, le Japon prévoit d’équiper un quart de ses foyers d’assistants domestiques du fait de la diminution du potentiel d’aides-soignants, d’où l’engouement naissant des grandes entreprises d’informatique et de télécommunications pour ces nouveaux objets communicants mobiles allant de l’accompagnement psychologique à la télésurveillance médicale. Il est vrai que le Japon compte déjà 19% de personnes de plus de 65 ans.

L’équipe de recherche japonaise Riken a développé un robot humanoïde appelé le RI-MAN pour prendre soin des personnes âgées. D’une hauteur de 1,52 mètre, le RI-MAN peut voir, entendre, sentir et porter les êtres humains. « De plus en plus d’intelligence sera déportée sur le robot pour permettre la télésurveillance 24H/24, 7 Jours/7 et l’assistance médico-technique à domicile » précisent les concepteurs de ce projet. Toujours au Japon, un concours public, le Robot Award, vient de récompenser deux robots d’assistance aux personnes âgées.

Le premier s’appelle Paro, c’est un robot-bébé phoque, qui gémit, répond quand on l’appelle et réagit aux caresses. Paro est employé auprès des personnes âgées, comme MySpoon, l’autre lauréat : il s’agit d’un bras robotisé capable de prendre de la nourriture dans une assiette et de la tendre au niveau de la bouche d’une personne. Les deux robots sont déjà employés dans plusieurs établissements spécialisés.

Une autre équipe japonaise dirigée par Yoshiyuki Sankai, professeur et ingénieur à l’Université de Tsukuba a mis au point un costume motorisé. "Il ne s’agit ni d’un robot pour une usine ni d’un robot destiné à la simple distraction. Le costume apporte une aide pratique aux gens dans leur vie", souligne M. Sankai. Le costume-robot, baptisé HAL-5 (Hybrid Assistive Leg), est composé d’un sac à dos contenant un ordinateur et des piles qui activent des articulations motorisées aux genoux et aux hanches.

Il imprime un mouvement aux jambes sur la base des faibles signaux électriques envoyés par l’utilisateur à ses muscles, a expliqué son inventeur. Grâce au robot, une personne peut marcher à une vitesse de 4 km/h sans pratiquement d’effort physique et sans les mouvements heurtés caractéristiques des robots ordinaires. Le robot se révèle particulièrement utile lors des montées et descentes d’escaliers. Cet appareil sera destiné prioritairement aux hôpitaux et au public handicapé.

Les chercheurs japonais travaillent à présent sur un nouveau concept très fécond appelé Robotics Technology (RT). Ce concept intègre et combine toutes les technologies nécessaires pour une interaction physique avec l’environnement via des capteurs, des actionneurs et des moyens de traitement et de communication (transpondeur ou étiquette RFID, communication multimédia sans fil, GPS, etc.). A plus long terme, cette technologie robotique intégrera également les nanotechnologies et les biotechnologies.

Aux Etats-Unis, Ralph Hollis, professeur à l’Université Carnegie Mellon de Pittsburgh en Pennsylvanie, a présenté en 2006 Ballbot, une nouvelle génération de robots destinée à venir en aide aux personnes âgées et handicapées dans leur vie quotidienne.

Ballbot est un robot d’environ 1,50 mètre de haut, qui se déplace sur une sorte de grosse boule de bowling en métal recouverte d’une couche de mousse. Grâce à sa structure toute en hauteur et à son faible encombrement, cette machine -contrairement aux autres robots qui ont besoin de plus d’espace pour évoluer- peut facilement se déplacer, même dans des endroits étroits ou encombrés.

Pivotant sur sa sphère qui lui sert de pied, Ballbot a donc l’avantage de pouvoir se mouvoir dans n’importe quelle direction. De plus il possède la particularité d’être très stable. Il peut même conserver sa position verticale si une personne le pousse, ce qui réduit les chutes.

Enfin, en Corée du Sud, des scientifiques sud-coréens travaillent à mettre au point des robots qui seront en mesure de faciliter la vie des personnes âgées. Ils devraient être opérationnels en 2013. Le Japon pour sa part prévoit que la plupart des personnes âgées possèderont leur robot personnel d’assistance en 2025.

Un sénior pourra demander au robot qui comprendra le langage humain, de commander de la nourriture au restaurant d’en face par exemple. Le robot ira chercher la commande et servira le dîner. Il débarrassera et fera la vaisselle. Il s’occupera même de la santé de son maître car il prendra ses pulsations cardiaques et sa tension et informera son médecin. Il pourra aussi donner l’alerte si son propriétaire tombe et ne peut se relever. Par ailleurs, il fera aussi office de secrétaire et d’ami proche. Ainsi, ces robots serviront aussi à lutter contre le sentiment de solitude souvent ressenti par les personnes âgées.

On voit donc que les robot d’assistance et de compagnie pour les personnes âgées ne relèvent plus de la science-fiction et commenceront, d’ici une dizaine d’années, à devenir d’indispensables et précieux auxiliaires de vie auprès de nos aînés, tant à leur domicile qu’en institution. Reste cependant une grande inconnue : le degré d’acceptabilité dont feront preuve les personnes âgées à l’égard de ces robots qui les accompagneront dans leur vie quotidienne. Dans ce domaine, le maître-mot sera la discrétion.

Ces machines, aussi sophistiquées soient-elles, devront savoir se fondre dans l’environnement de nos anciens au point de se faire presque "oublier".

Bill Gates, dans un long article entièrement consacré aux robots, qui vient d’être publié, imagine même que la plupart des robots ne seront pas humanoïdes, comme dans les films de science-fiction mais se présenteront plutôt sous la forme d’une grande variété de systèmes, dispositifs ou prothèses qui seront complètement intégrés à notre environnement et nous rendront une multitude de services sans même que nous nous en rendions compte. (Voir article de Bill Gates).

Elles devront également posséder une réelle faculté d’autoapprentissage, de manière à pouvoir adapter leur comportement en fonction de la personnalité et des besoins spécifiques de la personne âgée qu’elles auront en charge. Elles devront enfin être très fiables et offrir des garanties très strictes en matière de sécurité et de respect de la vie privée.

Si toutes ces conditions sont remplies, ces robots d’aide et de compagnie pourraient, en moins d’une génération, améliorer de manière décisive la qualité de vie de nos personnes âgées et notre société doit se préparer dés à présent à cette révolution technologique mais aussi sociale et culturelle.

René Trégouët

Sénateur honoraire du Rhône

Président d’Altivis