Les RFID vont bouleverser le commerce et la distribution

Les Tags RFID vont bouleverser la gestion des flux de matière, d’énergie et d’information

Date: 15 décembre 2005 - Imprimer cette page

Le 1-01-2005 est une date importante, peut-être même historique, pour l’industrie de la distribution. Elle marque l’obligation, pour tous les fournisseurs du géant Wal-Mart et du ministère étasunien de la Défense, de livrer tous leurs produits accompagnés, au niveau des cartons ou des palettes, d’étiquettes à radiofréquence, les fameux "tags RFID". L’utilisation des RFID ne va pas se limiter à la logistique, à la distribution et au commerce mais va se diffuser dans toute l’économie et modifier toute l’organisation et la gestion des flux de matière, d’énergie et d’information. Partout, de nouvelles applications apparaissent. En Floride, les étiquettes intelligentes sont utilisées pour surveiller le trafic sur plus de 300 kilomètres de routes à péage. DHL dépiste les tendances de la mode pour ses clients avec des étiquettes Rfid apposées sur les vêtements qui passent par son centre de distribution français.

Parmi les applications les plus abouties on peut noter les systèmes de traçabilité des produits alimentaires depuis le producteur jusqu’au consommateur, les outils de gestions de médicaments pour les hôpitaux afin de garantir un taux d’erreur minimal dans les soins prodigués ou encore le projet d’ "Aide au déplacement autonome à Kobe", expérience de 2 ans conduite dans la ville de Kobé qui doit permettre de guider les personnes mal-voyantes dans la ville grâce à la conversion des tags RFID en braille et aux directions données par synthèse vocale, permettre aux personnes en fauteuil roulant de se déplacer dans les zones accessibles, fournir des informations diverses à certains endroits choisis de la ville et enfin offrir un service de visite guidée pour les touristes avec des fonctions de vidéo et de cartographie en 3 dimensions.

Pour le commerce et la distribution, les avantages de ces dispositifs électroniques sont immenses. Dans un premier temps, ces puces sont apposées sur les cartons et les palettes qui approvisionnent les supermarchés, dans le but de simplifier les opérations de la chaîne logistique, détaille Si-Mohamed Saïd, responsable de la technologie RFID chez SAP France, éditeur de progiciels. Plus besoin de contrôler manuellement la présence de tel carton de marchandises au sein d’une palette : il se signalera de lui-même en passant à proximité d’un lecteur.

Les atouts de cette technique sont évidents. Pour la première fois, le système informatique central des supermarchés, renseigné par les lecteurs de puces, fournira une vision instantanée des flux et des stocks. Le responsable d’un magasin pourra observer, en temps réel, le chargement de la palette qu’il attend, son départ des entrepôts, sa livraison et son stockage. Réagir aux aléas de la logistique - un camion en panne, la destruction accidentelle d’un colis - deviendra un jeu d’enfant. Mieux approvisionnés, les magasins gagneront en rentabilité. On devrait aussi voir disparaître l’une des pires corvées du monde moderne, l’attente dans les queues des supermarchés. «Il suffira de passer son chariot sous un portique de lecture pour que son contenu soit identifié en un instant», explique Jean-Marie Picard, directeur de la logistique chez Carrefour. Le lent défilement des articles sur un tapis roulant dans le bip-bip des caisses enregistreuses appartiendrait à un autre temps.

Mieux encore, grâce aux RFID, la tarte surgelée abandonnée par un client pressé au rayon yaourts sera rapidement repérée. Un employé passera un lecteur portatif le long des présentoirs pour déceler l’intrus en un instant. Autre avantage : vous ne vous énerverez plus en constatant que votre shampooing habituel est absent de son rayon. A chaque instant, une moyenne de 6 à 8 % des produits manquent dans votre supermarché. Mais à l’avenir, les présentoirs, équipés d’une antenne de détection, préviendront d’eux-mêmes les responsables qu’un réassortiment est nécessaire.

Assurant le stockage et la distribution de 17 millions de vêtements par an, la branche mode de DHL Solutions retient l’étiquette biodégradable du fabricant Ask, un spécialiste français de l’identification sans contact. Son support autocollant contient une puce protégée et une antenne imprimée par dépose directe. Cela réduit les étapes de fabrication, limite la fraude et abaisse le coût de l’étiquette vendue de 20 à 40 centimes d’euro. DHL trace ainsi directement les vêtements sur leurs portants pour son client Jacadi : une première dans le suivi individuel du produit car le secteur suivait, jusqu’ici, les palettes du fournisseur jusqu’au point de vente. Demain, il gérera plus rapidement encore un très grand nombre de références, avec un personnel limité. "L’étiquette RFID automatise les tâches de réception et d’identification", atteste Arnaud Decarsin, le directeur général de JDA Software. Cet éditeur canadien est déjà retenu par les enseignes Carrefour, Casino et Conforama.

L’américain Wal-Mart, leader mondial de la distribution, a décide d’imposer à ses plus gros fournisseurs une identification de leurs colis et de leurs palettes à l’aide d’étiquettes radiofréquences. Ce géant de l’Arkansas souhaite en effet se concentrer sur les flux les plus contrôlables, là où les économies potentielles sont les plus importantes. Et cet ultimatum a donc suffi pour mettre sur orbite le nouveau standard de codification international nécessaire pour identifier les quelque 412 milliards de références qui transitent dans l’ensemble de la chaîne logistique américaine. Selon le "Times" l’impulsion de Wal-Mart pourrait faire croître le marché de l’étiquette électronique de 1 à 4 milliards de dollars d’ici à 2008. A terme, Wal-Mart espère 2,5 milliards de dollars d’économies grâce aux RFID, soit 1% de son chiffre d’affaires ! (256 milliards de dollars en 2004). Ce nouveau système promet également de réduire de façon importante le vol, d’améliorer la gestion des stocks et des fonds de roulement, et d’économiser 4 % sur le produit des ventes en réduisant le nombre de caissiers.

Le distributeur anglais Tesco, après avoir testé l’étiquetage électronique dans ses magasins, va équiper une grande partie de sa chaîne d’approvisionnement dans plus de la moitié de ses points de vente britanniques. Tesco investit massivement dans les dispositifs d’identifiants à radiofréquences (RFID). La chaîne de supermarchés britannique s’est équipée de 4.000 lecteurs RFID et de 16.000 antennes adaptées. Ce marché, le plus important jamais passé pour ce type de systèmes, a été confié à la société américaine ADT Security Systems. Ces dispositifs équipent 1.300 supermarchés au Royaume-Uni (soit plus de la moitié de ses 2.318 enseignes) ainsi que 35 entrepôts.

Les puces RFID ne sont toutefois pas apposées sur les produits vendus au détail. Ce sont les quais de livraison, points de réception des marchandises, ainsi que les palettes et les caisses des produits qui en seront dotés. Ce qui permettra de suivre les approvisionnements en temps réel afin d’améliorer la logistique et le suivi des stocks, vocation initiale de ces identifiants électroniques. Pour ce qui est des articles en rayons, l’enseigne britannique a testé l’an dernier l’étiquetage RFID dans deux de ses magasins. Des "radio tags" ont ainsi été apposés sur des lames de rasoirs et des DVD. Forte de ces expériences, elle a ensuite mis la pression sur ses fournisseurs pour qu’ils adoptent la technologie dans leur propre étiquetage.

En France, industriels et distributeurs commencent à saisir l’enjeu des puces RFID.