Edito

Le mobile est en train de devenir le terminal numérique universel

Date: 6 novembre 2006 - Imprimer cette page

En quelques semaines seulement, cinq expérimentations très novatrices, utilisant toutes le téléphone portable, ont été lancées en France et préfigurent ce que sera la société numérique de demain.

Les deux premières expérimentations concernent le domaine des transports et des déplacements. Orange vient de dévoiler un nouveau service très astucieux pour les automobilistes parisiens cherchant désespérément une place de stationnement. Il permet de savoir en temps réel si des places de parking sont disponibles et dans quels parcs de stationnement.

Concrètement, à partir de novembre 2006, l’automobiliste qui est abonné aux services « Orange World » pourra accéder directement avec son mobile à ce service de recherche des places disponibles en allant dans la rubrique "services utiles" d’Orange World. Une géolocalisation automatique de sa position sera alors lancée et quelques secondes plus tard le mobile affichera une carte permettant de visualiser l’emplacement du parking le plus proche ayant des places disponibles.

Quelques jours plus tard, la RATP annonçait que son Pass Navigo allait devenir, à partir de novembre 2006, le nouveau ticket de métro des Parisiens. Dans un premier temps, seule une centaine d’utilisateurs privilégiés pourra en profiter, mais, si les essais sont un succès, l’option pourrait s’étendre à tous dès 2008.

L’utilisation de ce nouveau sésame électronique est très simple : les utilisateurs devront équiper leurs téléphones d’une puce sans-contact eNFC (enhanced Near Field Communication). Ils pourront alors utiliser leur mobile, même si celui-ci est éteint, comme un ticket électronique pour voyager sur l’ensemble du réseau RATP. A terme, ce système devrait remplacer la carte Orange.

Les deux autres expérimentations, non moins intéressantes, concernent le domaine du paiement électronique, en pleine mutation sous l’effet du développement rapide du commerce électronique et du téléachat. La Caisse d’Epargne vient ainsi de présenter Movo, son nouveau service de paiement par SMS entre particuliers. Le système, très simple, permet d’effectuer directement des paiements par SMS, après s’être inscrit sur un site dédié.

Il suffit pour cela d’entrer un code d’identification, suivi du numéro de téléphone de la personne à laquelle le paiement est destiné et du montant du paiement. Ce système, d’une simplicité presque enfantine, permet à tout client de la Caisse d’Epargne d’envoyer instantanément à tout possesseur d’un compte courant assorti d’une carte bancaire 600 euros au maximum par semaine, dans la limite de 150 euros par envoi.. Après avoir reçu le SMS le prévenant du paiement, le destinataire devra s’inscrire sur le site sous 72h00, afin de renseigner ses coordonnées bancaires. Enfin, un SMS de confirmation prévient le payeur de la réussite de l’opération. Le paiement est ensuite traité avec le même délai qu’un virement bancaire, soit un à deux jours ouvrables.

Le groupe bancaire Crédit Mutuel-CIC et l’opérateur de téléphonie mobile NRJ Mobile vont lancer pour leur part en novembre à Strasbourg, une expérience pilote de paiement des achats par téléphone. Pour la première fois, la carte SIM d’un téléphone mobile devient aussi une carte bancaire sécurisée. Concrètement, le client présente son téléphone devant le lecteur.

Grâce à la technologie NFC (communication sans contact), intégrée sur la carte SIM, une animation lumineuse et un signal sonore attestent de la reconnaissance du téléphone. Le client est invité à composer son code personnel sur le clavier de son mobile où apparaît le montant de la transaction. Le paiement est confirmé par une nouvelle présentation du téléphone devant le lecteur. La transaction est exécutée rapidement et en toute sécurité de la même façon qu’un paiement par carte bancaire classique.

Enfin, la dernière expérimentation concerne un domaine dans lequel le téléphone portable de nouvelle génération va entraîner une véritable révolution : celui de la santé et de la télémédecine.

Le centre de recherche en diabétologie du centre hospitalier Sud-Francilien de Corbeil-Essonnes teste en effet actuellement deux systèmes destinés à remplacer les carnets papier. Le premier, baptisé "T+", expérimenté chez une dizaine de patients âgés en moyenne de 55 ans, s’adresse "aux malades qui souffrent d’un diabète de type II (90% des cas), et doivent passer d’un traitement par comprimés à des injections d’insuline", explique le Dr Guillaume Charpentier, qui dirige le service de diabétologie de l’hôpital de Corbeil-Essonnes.

C’est le cas de Patrice Hélie, un retraité de 64 ans, qui utilise ce système depuis plusieurs mois. Pour tester son taux de sucre dans le sang, il utilise un lecteur de glycémie classique, qui, connecté à un socle spécial, va transmettre les données vers son téléphone portable via une liaison bluetooth ou infrarouge.

Celui-ci lui indique instantanément la dose d’insuline adéquate et les informations sur l’évolution de la glycémie sont stockées et transmises sur un site internet sécurisé, permettant au médecin d’assurer un suivi plus précis. L’expérimentation du "T+" va prochainement entrer dans une deuxième phase, sur une quinzaine de centres, et une centaine de patients. Lors de sa mise sur le marché, dans quelques mois, le système pourrait être disponible chez tous les opérateurs de téléphonie mobile. Le "T+" pourrait être utilisé en France par 500.000 diabétiques de type II.

On voit donc, à la lumière de ces expérimentations en cours, que notre mobile est bien en train de devenir un véritable terminal numérique universel, qui se transforme, en binôme avec l’ordinateur portable, en passerelle d’accès à l’ensemble des nouveaux services numériques, tant dans le domaine commercial, que dans celui des transports, des loisirs, de l’administration électronique et, bien sûr, de la santé.

Contrairement à la maîtrise d’un ordinateur, l’utilisation de ces nouveaux services à partir du mobile est très simple et très intuitive, ce qui explique sans doute leur succès et leur adoption rapide par les usagers. Il est encore trop tôt pour dire si ces nouveaux mobiles et leurs bouquets de services numériques finiront par remplacer purement et simplement nos ordinateurs mais ce qui est certain c’est qu’ils vont obliger l’informatique à se recentrer autour des besoins et des attentes de l’utilisateur et à devenir plus conviviale et plus simple d’utilisation.

René Trégouët