Le Canada, laboratoire de la télémédecine

La télémédecine au Québec : l’expérimentation de Winneway

Date: 15 décembre 2005 - Imprimer cette page

Au Témiscamingue, la télémédecine n’est plus réservée aux spécialistes traitant des cas exceptionnels. Elle permet à des médecins de famille de soigner les petits bobos. Plus de 170 patients de Winneway ont ainsi participé depuis un an à une innovation en Amérique du Nord : des soins de première ligne donnés à distance. Dans cette télémédecine nouveau genre, le médecin, qui se trouve à des kilomètres du patient, ne transmet pas ses consignes à un autre médecin. Il utilise les «mains» d’une infirmière et les «yeux» d’appareils de pointe : otoscope (oreilles), ophtalmoscope (yeux), stéthoscope (cœur), électrocardiogramme (fonction cardiaque), spiromètre (poumons). Un mini-analyseur permet d’obtenir une formule sanguine complète et le taux de glycémie. On trouve aussi une caméra dermatologique pour l’observation des plaies.

Le Centre de santé Sainte-Famille fournit des services à 14 000 personnes réparties sur 19 000 km2, 18 municipalités, deux localités algonquines et un immense territoire dit «non organisé». Il faudrait 18 omnipraticiens, mais ils ne sont que 10. Depuis un an, les médecins ne peuvent plus se rendre une fois par mois, comme ils le faisaient avant, dans la dizaine de points de service du territoire. On croyait que les personnes âgées seraient réticentes à l’idée de se faire examiner au petit écran : elles ont été les plus enthousiastes. «Beaucoup d’entre elles négligeaient leur santé plutôt que d’aller à Ville-Marie, surtout l’hiver, lorsque les routes sont enneigées et glissantes», dit Caroline Rodgers, infirmière en poste à Winneway depuis quatre ans. Comme dans bien des localités autochtones, le diabète fait ici des ravages. Une maladie qui nécessite un suivi médical régulier.

Lorsque le Dr Paul-Émile Barbeau, 52 ans, instigateur de l’initiative et responsable du volet médical, a reçu à Montréal, en juin dernier, le Prix de l’excellence 2004 de l’Association des hôpitaux du Québec, Caroline Rodgers a versé quelques larmes de joie. Selon le Dr Barbeau, «pour les gens de Winneway, c’est comme si c’était la première fois qu’ils pouvaient se dire : nous aussi, on est capables». Le ministère de la Santé du Canada a déboursé 850 000 dollars (sur un budget de 1,7 million) pour ce projet.

Pour assurer la confidentialité des communications, il a également fallu se relier au réseau de télécommunications sociosanitaire (RTSS), mis en place par Québec en collaboration avec des entreprises de téléphonie et accessible seulement aux établissements de santé et de services sociaux.