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L’Inde accède au rang de grande puissance technologique et numérique
Edito
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- Amener la fibre optique dans tous les foyers d’ici 2016, c’est possible !
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Signe des temps, l’Inde a réussi, le 23 avril, son premier lancement commercial d’un satellite, plaçant en orbite un appareil italien de mesures astronomiques. La fusée de fabrication indienne "Polar Satellite Launch Vehicle" (PSLV) a décollé vers 15H30 (10H00 GMT) du pas de tir de Sriharikota, à 80 km au nord de Madras. Vingt minutes plus tard elle a placé le satellite de son premier client, l’Agence Spatiale Italienne, sur l’orbite prévue, à quelque 550 km au dessus de la Terre. Il s’agit d’un appareil italien baptisé "Agile" et pesant 352 kilos, destiné à recueillir des données sur les origines de l’univers.
AGILE rejoint d’autres instruments, comme INTEGRAL (Esa) ou Swift (Nasa), qui traquent les sources de rayons gamma, fixes ou passagères. AGILE est conçu pour détecter des rayonnement de haute énergie. Il pourra repérer les sursauts gamma, ces évènements très brefs et très violents qui se produisent de façon aléatoire dans le ciel, ainsi que les rayons gamma issus des éruptions solaires, des noyaux actifs de galaxies ou des pulsars. "C’est un moment historique pour toute la communauté de l’industrie spatiale : un satellite italien a été placé sur une orbite précise par une fusée construite entièrement par l’Inde", a dit à la télévision le chef de l’Organisation indienne de la Recherche spatiale G. Madhavan Nair. "Nous avons prouvé la fiabilité du PSLV, sa performance en termes de rapport coût/efficacité et de livraison en temps voulu", a-t-il ajouté.
L’Inde ambitionne de se tailler une place dans le club restreint des pays capables de lancer des satellites à des fins commerciales. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Ukraine et l’Agence spatiale européenne se partagent actuellement ce marché, estimé à 2,5 milliards de dollars par an. L’Italie aurait payé 11 millions de dollars pour ce lancement, selon l’agence indienne PTI, chiffre approximatif confirmé par des responsables du programme spatial indien. L’Inde dispose déjà d’un ambitieux programme spatial, démarré en 1963, mais qui était jusqu’à présent réservé au lancement de ses propres satellites. Le premier lancement réussi d’un satellite national avait été effectué en 1980.
La fusée PSLV a réussi neuf lancements depuis 1994. Elle est capable de placer en orbite des appareils pouvant peser jusqu’à une tonne et demie et a dû être modifiée afin de transporter l’Agile italien d’un poids beaucoup plus faible. Mais les ambitions indiennes ne se limitent pas au lancement de satellites commerciaux. L’Inde est en effet bien décidée à lancer des vols habités dans l’espace. Dans cette perspective, elle a déjà réussi le 22 janvier 2007, pour la première fois de son histoire, à récupérer sur Terre une capsule spatiale d’une demi-tonne qu’elle avait envoyée le 10 janvier, une mission en vue d’un futur vol habité dans l’espace.
L’agence spatiale indienne veut envoyer d’ici à 2009 une sonde inhabitée vers la Lune puis d’ici à 2013 une mission similaire vers Mars, avant de tenter d’envoyer un être humain dans l’espace. Aujourd’hui avec neuf satellites géostationnaires opérationnels, le pays a mis à profit son succès technologique spatial pour créer la télé-éducation ainsi que des réseaux de télé-médecine au service de la population. L’Etat indien, qui combine habilement libéralisme et interventionnisme, a lancé un gigantesque plan d’équipement de tout le territoire en liaisons à haut débit, combinant réseau en fibres optiques et antennes paraboliques. L’Etat est également à l’initiative de la création d’une vingtaine de technopôles avec un guichet administratif unique qui permet de créer une nouvelle activité en quelques heures seulement.
L’économie de l’Inde est la quatrième plus grande au monde en termes de PIB (580 milliards d’euros en 2006). D’ici 2050, on s’attend à ce que l’économie de l’Inde surpasse l’économie des Etats-Unis pour devenir la deuxième plus grande économie au monde. Son PIB représentera alors 8 % du PIB mondial, contre 18 % pour la Chine et..5 % pour le Japon.
En 2006, l’Inde a multiplié par cinq ses investissements dans les rachats de groupes étrangers, aidée par la transaction record entre Corus et Tata Steel. L’année 2007 devrait voir ces investissements encore progresser, faisant de l’Inde un des acteurs majeurs de la mondialisation. Les rachats indiens ont atteint 23 milliards de dollars l’an dernier, soit cinq fois plus qu’en 2005 où l’on avait atteint 4,5 milliards.
Les acheteurs indiens s’intègrent de mieux en mieux dans la mondialisation et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, visent assez peu les entreprises asiatiques. En 2006, 47,6 % des entreprises rachetées étaient européennes et 23,2 % nord-américaines. Avec une grande intelligence et une vision de l’avenir à long terme, l’Inde mise depuis 25 ans sur l’éducation et la formation pour devenir un géant dans l’économie de la connaissance qui s’impose au niveau mondial. Le taux de croissance annuelle des activités informatiques indiennes s’élève à 50 % et les exportations annuelles en software dépassent les 10 milliards de dollars. L’Inde met sur le marché, depuis plus de dix ans, 500.000 ingénieurs de haut niveau par an.
À elle seule, la ville de Bangalore, hyper centre des high techs et de la recherche scientifique indienne compte 150.000 ingénieurs, au moment où la Sillicon Valley américaine n’a que 120.000 ingénieurs. L’Inde est aujourd’hui le premier exportateur mondial de service de programmation et de logiciels informatiques. Fait révélateur, en 2010, Capgemini aura 40 000 ingénieurs en Inde, deux foix plus qu’en France ! En Inde, l’externalisation informatique emploie déjà 1,5 million de personnes et devrait réaliser en 2006/2007 un chiffre d’affaires de 35 milliards de dollars.
Sait-on par exemple que lorsqu’un senior fait un accident vasculaire cérébral à Oklahoma City, son scanner est transmis, via l’Internet haut débit, à des médecins indiens spécialistes du cerveau qui réalisent à distance une expertise médicale d’une qualité irréprochable ! Nous sommes ici bien loin des centres d’appel téléphoniques et nous voyons que l’Inde est en train de remonter la chaîne de valeur économique et s’imposer dans l’économie mondiale en proposant à des prix imbattables des prestations à haute valeur ajoutée cognitive.
Dans l’Andhra Pradesh, un complexe technologique gigantesque devrait voir le jour dans le district d’Antapur, à 200 km environ de Bangalore. Ce projet, qui ressemble finalement plus à la planification de la construction d’une ville que d’un simple complexe, est financé par quatre entreprises australiennes et singapouriennes qui envisagent d’investir 25 milliards de dollars (19 milliards d’euros) sur 10 ans. Il s’agit d’un ensemble hi-tech qui disposerait de ses propres infrastructures, en terme de fourniture d’énergie, de réseau de télécommunication, d’autoroutes, d’hôpitaux, d’hôtels, et même de parcs de loisirs. 500 entreprises au moins devraient pouvoir établir des filiales dans ce parc, dans chaque secteur d’activité. Très orienté vers les technologies d’avenir comme les superordinateurs, les biotechnologies, l’intelligence artificielle, mais aussi vers des filières plus classiques comme le tourisme, les activités bancaires, ou la santé, ce complexe est destiné à répliquer le modèle de la ville de Springfield, en Australie. Cette ville a en effet été montée de toutes pièces par la Springfield Land Corporation, près de la ville de Brisbane.
Mais le développement des TIC en Inde ne se limite plus à quelques grands centres urbains, comme Bangalore. Un reporter de la BBC raconte que les réunions communautaires dans certains villages du nord de l’Inde sont désormais "assistées" par ordinateur. Certes, le matériel est vieux, mais rempli toutes les fonctions qui lui sont assignées par les besoins de la communauté. Les questions d’ordre agricole sont discutées entre des communautés via e-mail par exemple.
Mais c’est aussi une multitude de services utiles à la communauté qui sont consultables en ligne grâce à l’ordinateur communautaire. Entre autres, les résultats scolaires des enfants, qui sont accessibles en ligne, alors que précédemment, les personnes concernées devaient faire de longs kilomètres pour les consulter. De même, le prix des vivres dans les différents marchés de la région est mis en ligne, ce qui évite aux producteurs et aux commerçants de perdre des denrées et de l’argent en se rendant sur des marchés suffisamment approvisionnés.
Autre indicateur : avec 150 millions d’abonnés au téléphone mobile, l’Inde s’est hissée à la quatrième place du classement des pays comptant le plus d’abonnés derrière la Chine, les Etats-Unis et la Russie. Mais de ces quatre pays, l’Inde est celui dont la croissance est la plus dynamique. Au rythme actuel, l’Inde pourrait compter 500 millions d’abonnés en 2010 et serait alors le deuxième pays, en nombre de mobiles, derrière la Chine. Quant au nombre d’internautes actifs, il est passé de 16 à 21 millions de 2006 à 2007, soit une progression de 33 % en un an, la plus forte progression de tous les pays du monde.
En matière de recherche, Le budget de la recherche scientifique, pour l’année fiscale 2007/2008, a augmenté de 21 % pour atteindre 4,5 milliards d’euros. Cette augmentation n’est pas seulement une augmentation des dotations des différents instituts, on y trouve par exemple des incitations fiscales pour des projets concernant les biotechnologies, les technologies de l’information, les nanotechnologies, ou la recherche de nouvelles molécules. Par ailleurs, en ce qui concerne la répartition du budget, si trois secteurs clés décrits comme sociaux avaient été définis -à savoir, l’agriculture, la santé et l’éducation primaire-, ce sont toujours l’énergie, la défense et la recherche spatiale qui sont les 3 champs les plus privilégiés, rassemblant à eux seuls près de 40 % du budget.
Il ne fait aujourd’hui plus aucun doute que l’Inde, s’appuyant sur son dynamisme démographique (sa population dépassera celle de la Chine dès 2030), sa vitalité économique et son socle culturel, scientifique et intellectuel vieux de 3000 ans, sera la nouvelle grande puissance géopolitique et technologique mondiale avant le milieu de ce siècle, probablement devant la Chine et peut-être devant l’Europe, si celle-ci ne parvient pas à devenir une véritable puissance politique et n’augmente pas de manière sensible ses investissements immatériels dans la recherche et l’éducation. Il serait temps de sortir de nos débats franco-français pour voir cette réalité mondiale incontournable qui s’affirme et réagir de manière à ce que notre pays, dans le cadre européen puisse rester dans la compétition numérique planétaire face à de nouveaux géants comme l’Inde, qui affirment chaque jour davantage leurs ambitions et leur puissance.
René Trégouët
Sénateur honoraire du Rhône
Président d’Altivis
