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Introduction : de l’électron au photon : communiquer à la vitesse de la lumière doit être notre objectif
Guide Infras
Le secteur global des nouvelles technologies de l’information, qui englobe les secteurs des télécommunications, de l’électronique grand public, de l’informatique et des médias, pèse désormais 2681 milliards d’euros, dont 1681 milliards d’euros pour les services et les logiciels (soit 6,4 %). Les dépenses totales liées aux technologies de l’information dans le monde représentent à présent 6,25 % du Produit Mondial Brut 2005, ce qui est tout à fait considérable et montre à quel point l’économie numérique est devenue le moteur de la croissance, de la productivité et de la compétitivité mondiales.
Ce poids déjà considérable des TIC dans l’économie s’accroît sans cesse dans les pays développés. Ces technologies de l’information et de la communication (TIC) représentent ainsi près de 9 % du PIB américain. Aujourd’hui, les technologies de l’information et de la communication constituent près de la moitié des gains de productivité en Europe. Ce secteur génère 8 % du PIB européen et consacre près de 20 % de ses revenus à la recherche. Mais depuis 10 ans, le fossé n’a cessé de se creuser entre l’Europe, d’une part, les USA et le Japon, d’autre part. Ces derniers investissent plus d’un tiers de leurs dépenses totales de recherche privée et publique dans les TIC, alors que l’Europe n’en investit actuellement qu’environ 20 %.
En France, ce marché global des TIC (informatique, télécoms, Internet, électronique grand public, jeux vidéo) représente environ 120 milliards d’euros, dont 6 milliards d’euros de dépenses d’investissement pour les collectivités locales et l’Etat.
Il est donc vital, dans un tel contexte, que l’Europe et la France réagissent pour rester dans cette nouvelle compétition numérique mondiale. Si demain notre pays veut encore exister face aux Etats-Unis, au Japon et à la Chine, il doit se battre sur deux fronts intimement liés : d’une part le développement du haut débit fixe et mobile et, d’autre part, le développement des usages publics et privés de ces TIC. (Voir pour cette question des usages notre guide des usages et services TIC).
Heureusement, l’ADSL a connu une croissance moyenne de 50 % en Europe, rattrapant ainsi le retard sur les bons élèves coréens, japonais et américains. Depuis juin 2005, l’Europe dépasse même en matière de haut débit la zone Amérique d’une courte tête : à cette date, 48 millions de personnes disposaient d’un accès haut débit dans la première, contre 47,53 millions dans la seconde.
Dans ce contexte, la France se distingue avec le taux de pénétration le plus élevé de notre continent (10 % des habitants) et une croissance de 67 %. Autre fait révélateur : pour la première fois en France, le nombre des abonnés à l’ADSL dépasse, depuis avril 2005, celui des abonnés à l’Internet bas débit. Début 2006, on compte 9,7 millions d’abonnés au haut débit, soit quatre foyers sur 10 et la France est à présent le troisième pays européen en matière d’Internet à haut débit, devant l’Allemagne (8,3 millions d’abonnés) et juste derrière la Grande-Bretagne.
Ce basculement de notre pays vers le haut débit s’inscrit dans une évolution européenne puisque la Commission européenne a lancé le 1er juin 2005 «l’initiative i2010 - société européenne de l’information pour 2010» - qui vise, d’ici à 2010, à connecter 50 % des ménages européens à un réseau haut débit délivrant au minimum 10 Mbps. Mais il faudra aller encore plus loin car, à l’horizon 2010, c’est-à-dire demain, c’est un débit de 100 Mbps qui deviendra la norme pour les particuliers et les entreprises qui voudront bénéficier simultanément de l’ensemble des nouveaux services numériques (Programmes de télévision Haute Définition, Internet à grande vitesse, visiophonie, jeux vidéo en ligne, animation en 3 D, utilisation collaborative de logiciels professionnels de réalité virtuelle...)
Or, aujourd’hui, si l’ADSL couvre 97 % de la population, seuls 30 % de nos concitoyens peuvent bénéficier de débits supérieurs à 4 Mbit/s, et donc des offres triple play (Internet + TV + téléphone). Conscient de cette lacune et face à la concurrence de plus en plus vive des opérateurs, France Télécom se prépare à poser 300 000 km de fibres d’ici fin 2007 pour couvrir d’offres très haut-débit 2 000 zones d’activité économique, soit près de 120 000 entreprises. France Télécom va proposer dans ces zones des offres de débits symétriques allant jusqu’à 8 Mbit/s et des offres de 100 Mbit/s par fibre optique. Mais les collectivités locales, elles aussi, se mobilisent pour assurer à tous nos concitoyens une égalité d’accès au très haut débit : à ce jour, il existe une dizaine de réseaux de collectivités locales en exploitation et près de 70 projets ont été amorcés par des collectivités pour construire leurs propres réseaux.
Cet enjeu des infrastructures est évidemment majeur car la puissance, la qualité et l’évolutivité de ces infrastructures déterminent largement la généralisation des nouveaux services et usages innovants qu’attendent nos concitoyens, tant dans les domaines publics et administratifs que professionnels, médicaux, éducatifs ou culturels.
Il est vrai que le nombre de communes couvertes par l’Internet à haut débit est passé de 7.600, à la fin de l’année 2002, à plus de 26.000 en 2005 mais il reste encore près de 10.000 communes, représentant plus de 6 millions d’habitants, qui n’ont toujours pas accès au haut débit. Les réseaux n’aménagent pas spontanément le territoire et tant que persistera cette inégalité géographique d’accès au haut débit, le risque sera fort d’une polarisation accrue vers les zones les plus denses.
Cette situation ne pourra qu’accentuer un déséquilibre territorial et démographique déjà inquiétant entre nos régions. Cet aménagement numérique du territoire ne peut s’en remettre aux seules forces du marché et doit s’appuyer sur la dynamique des projets territoriaux, rendue possible par la diversification des technologies mais surtout par la volonté des acteurs locaux. Ces projets devront trouver des conditions de pérennité : le soutien régional aux projets de « boucle locale alternative », mais aussi l’accès de ces projets aux réseaux de collecte, sont structurants pour l’avenir des territoires.
Certes, plus de 90 % des Français disposent à présent d’une possibilité d’accès à l’Internet à haut débit et quatre internautes sur dix disposent d’un accès large bande mais, face à l’explosion des nouveaux usages et services en ligne, qu’ils soient publics ou privés, notre pays doit à présent relever un nouveau défi : celui de l’accès pour tous au très haut débit.
Depuis quelques mois, nous assistons, à l’initiative des collectivités locales, à une véritable explosion de projets et expérimentations dans le domaine des infrastructures, comme dans celui connexe des usages. Celles-ci, en s’appuyant sur leur diversité et leur spécificité, font preuve d’une imagination et d’une créativité remarquables pour développer des réseaux et infrastructures de télécommunications, très performants, combinant les technologies physiques et sans fil et visant de plus en plus à intégrer, via l’Internet, les mondes de l’informatique, des télécoms et du multimédia, afin de pouvoir proposer à nos concitoyens une multitude de nouveaux services dans les domaines de l’administration et la démocratie électroniques, de l’éducation et de la formation à distance, de la culture, de la télésanté et de la télémédecine, de l’aide aux personnes âgées, du développement économique local, et notamment du tourisme.
Il est aussi très intéressant de constater que l’idée, longtemps considérée comme saugrenue et irréaliste, d’amener la fibre optique jusqu’aux habitations, fait peu à peu son chemin. Le Ministère de l’Industrie a confié à l’Idate une mission de réflexion prospective sur les technologies de l’après ADSL qui pourraient permettre à la France d’accélérer sa mutation vers le très haut débit, c’est-à-dire au moins 100 Mbit/s symétrique. L’Idate devrait rendre ses conclusions, très attendues, au printemps 2006. De son côté, le Syndicat professionnel des fabricants de fils et câbles électriques (Sycabel), a publié un Livre blanc très intéressant dans lequel il préconise une politique ambitieuse et volontaire des pouvoirs publics en matière d’aménagement numérique du territoire et notamment le développement massif du FTTH, c’est-à-dire de la fibre optique jusqu’au domicile.
Ce livre blanc préconise le recours à la fibre optique pour faire passer la France au très haut débit et en s’appuyant sur le fait qu’aujourd’hui l’ADSL arrive à ses limites en terme de débit. L’ADSL2 permet certes, à quelques centaines de milliers de citadins privilégiés de bénéficier (en voie descendante) de 24 Mbits/s mais cette technologie ne fonctionne qu’à moins d’1,5 Km du central téléphonique. Autant dire qu’il n’y a aucune chance qu’une majorité de nos concitoyens puissent rapidement en bénéficier.
Aujourd’hui, en dépit des progrès réalisés, seuls nos concitoyens demeurant à moins de 8 km d’un central téléphonique peuvent accéder à l’ADSL. Le problème majeur inhérent à l’ADSL est qu’avec les fils de cuivre du téléphone, le débit décroît très vite en fonction de l’éloignement. Or la distance moyenne d’un foyer français par rapport au central téléphonique est à ce jour de 2,7 kilomètres. Soit, en gros, du 4 Mbit/s. C’est insuffisant pour un certain nombre d’applications, notamment pour la télévision haute définition. Car le palier de ce genre de service s’établit à 10 Mbit/s.
Et ce n’est qu’un début car très rapidement nos concitoyens vont vouloir disposer du "quadruple play", incluant l’internet très haut débit, la TVHD, le téléphone fixe, le mobile à très haut débit supportant les applications vidéo et visiophonie. Mais pour que toutes ces nouvelles applications fonctionnent simultanément à pleine puissance, le débit requis est d’au moins 60 Mbit/s ! Nous sommes donc très loin des 24 Mbits/s de l’ADSL2 et encore plus loin des quelques Mbits/s dont doivent encore se contenter aujourd’hui la majorité des internautes.
Une autre technologie, le VDSL, combinant ADSL et fibre optique, permet, il est vrai, de pousser le débit jusqu’à 52 Mbit/s en réception et 2 Mbit/s en émission. C’est un progrès incontestable par rapport à l’ADSL. Il reste que cette solution plafonne à 52 Mbits/s et ne permet toujours pas d’amener chez l’abonné le très haut débit symétrique, de l’ordre de 100 Mbits/s ou plus, dont celui-ci va très rapidement avoir besoin pour utiliser pleinement tous les nouveaux services numériques, notamment en télétravail, télémédecine et télééducation, tant dans sa vie personnelle que professionnelle.
Partant de ce constat, et de l’augmentation rapide inéluctable des besoins en bande passante, liée à la multiplication et à l’intégration des nouveaux usages numériques, le Sycabel pose enfin la vraie question : dans les zones où il n’y a pas d’infrastructures haut-débit, ne vaut-il mieux pas sauter l’étape VDSL et passer directement à la fibre optique jusqu’à l’abonné (fiber to the home, FTTH), comme au Japon ou en Suède.
La fibre optique a longtemps eu la réputation d’être une technologie très coûteuse. Mais depuis 10 ans, le prix de la fibre optique a été divisé par dix. En outre, dans une infrastructure optique, la fibre ne représente que 10 % de l’investissement total. Le reste est constitué par le génie civil. Pour le cuivre ou la fibre, les coûts des équipements de réseau sont similaires, tout comme les dépenses de génie civil. Au final, on arrive à des coûts identiques pour la fibre, quand il n’y a pas d’infrastructures préexistantes. A cet égard, nous devons nous inspirer de l’exemple de la Suède et de la Finlande qui ont su, grâce à de nouvelles formes de partenariat public-privé et à une politique volontariste et ambitieuse de l’Etat, développer des réseaux optiques jusqu’à l’habitant non seulement dans les villes mais aussi en milieu rural.
Si l’on considère donc le point d’évolution techno-économique auquel notre pays est parvenu, je crois qu’il est légitime de se demander si l’Etat, en synergie avec les collectivités locales, ne devrait pas mettre en oeuvre un plan ambitieux, sur 5 ou 10 ans, visant à amener la fibre optique dans chaque foyer. Outre son débit, trois raisons me semblent plaider pour un tel plan.
D’abord la réserve de bande passante. Contrairement aux technologies sur cuivre, pour lesquelles le débit est physiquement limité et décroît très rapidement avec la distance, les possibilités d’accroissement de débit sur les fibres actuelles sont phénoménales. Selon différentes expérimentations réalisées depuis 5 ans on est aujourd’hui certain de pouvoir multiplier par 1000 au moins le débit des fibres optiques existantes.
La deuxième raison est liée à la sécurité des transmissions optiques, infiniment plus sûres que les transmissions hertziennes, surtout avec l’avènement prochain de la cryptographie quantique.
La dernière raison tient enfin au fait, qu’à terme, la photonique et l’ordinateur optique remplaceront l’électronique et l’informatique actuelles en raison des gains fantastiques en rapidité et en puissance de calcul que nous laissent entrevoir ces technologies optiques.
Dans cette perspective il parait logique de favoriser et de promouvoir ce basculement technologique vers un continuum numérique tout optique, du stockage au traitement, en passant par la transmission de l’information. Notre pays doit donc, s’il veut rester dans la complétion numérique mondiale, se donner les moyens d’accélérer sa mutation technologique de l’électron vers la photon.
On comprend mieux l’importance de ce défi quand on sait qu’au Japon, la connexion en fibre optique dépassera en 2008 l’ADSL avec 35 % de parts de marché et dominera l’accès Internet dans ce pays. 50 % des foyers japonais auront leur accès par fibre optique jusqu’à la maison d’ici 2.010 avec un débit de 1 gigabits/s. Dès aujourd’hui, NTT installe 15.000 foyers/jour actuellement et propose un débit de 100 Mbits symétrique pour 45 € par mois.
Bien entendu, cette infrastructure optique jusqu’à l’habitant, la mairie ou l’entreprise devra être complétée par des réseaux sans fil à haut débit, combinant de manière optimale les différentes technologies, WiFi, Wimax et 3G aujourd’hui, UWB, MIMO (Multiple - Inpout Multiple - Outpout) et 4G demain, ces technologies du futur nous promettant des débits de l’ordre de 400 Mbits.
Pour disposer de ces infrastructures à très haut débit, combinant technologies optiques et sans fil, sur l’ensemble de notre territoire, l’Etat et les collectivités locales doivent coordonner leurs moyens et maintenir leurs efforts financiers mais le développement rapide de ces réseaux à très haut débit (au moins 100 Mbits) passe également par de nouvelles formes de partenariat entre secteur public et secteur privé.
Ainsi se révèle le nouveau paysage numérique qui est en train de naître : celui d’un continuum dans lequel l’Internet aura intégré les télécommunications, l’informatique, la radio et la télévision et dans lequel l’utilisateur pourra, à tout moment et en tout lieu, exploiter toutes les potentialités de ses terminaux numériques nomades (smartphones, PDA, portables...) en bénéficiant à chaque instant de la meilleure technologie d’accès au Net.
S’appuyant sur ces infrastructures et réseaux performants, notre pays aura alors les moyens de rester à la pointe de la compétitivité et de la créativité numériques en produisant des flux croissants de valeur ajoutée cognitive et en basculant, selon le belle expression de Michel Serres, de la société informationnelle à la société pédagogique.
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