Edito

Amener la fibre optique dans tous les foyers d’ici 2016, c’est possible !

Date: 28 novembre 2006 - Imprimer cette page

L’opérateur Free a créé la sensation en annonçant le 11 septembre qu’il allait s’engager dans le déploiement de son propre réseau en fibre optique jusqu’au domicile de l’abonné et qu’il comptait également proposer un "service universel gratuit". L’objectif est de proposer au 1er semestre 2007 une déclinaison très haut débit de son offre ADSL.

La technologie FTTH (Fibre jusqu’au domicile),retenue par Free, permettra aux internautes d’accéder à des programmes de télévision en haute définition ou à la vidéo à la demande grâce à du très haut débit (50 mégabits/s contre un maximum de 28 mégabits/s actuellement).

Free veut également proposer un "service universel gratuit". L’annonce de Free a réveillé les débats sur le financement de ces infrastructures dont le coût a été estimé par les experts entre 10 et 11 milliards d’euros pour couvrir 40% de la population française et autour de 40 milliards pour desservir tous les foyers français.

A Paris, l’opérateur de fibre optique Erenis fait évoluer son offre haut débit. Dès janvier 2007 il proposera à ses abonnés 100 Mégabit par seconde (Mbps) en débit descendant et 50 Mbps en débit montant, contre 60 et 6 Mbps aujourd’hui.

Orange vient pour sa part annoncer qu’il allait accélérer le déploiement de son offre "tout optique" jusqu’à l’abonné et étendre en Province ses expérimentations de très haut débit optique jusqu’à l’abonné. Le réseau de fibre optique déployé par l’opérateur entre ses équipements et le domicile des clients s’appuie sur une technologie GPON (Giga Passive Optical Network). Le GPON, qui permet de relier jusqu’à 64 clients sur une seule et même fibre, offre des débits jusqu’à 2,5 Gbits/s en download et 1,2 Gigabit/s en upload.

Cette "effervescence optique" survient alors que Le président de l’Arcep (l’Autorité de régulation des télécommunications) , Paul Champsaur, vient de faire une intervention remarquée dans laquelle il a souhaité une intervention des pouvoirs publics pour favoriser la mutualisation des investissements en vue du développement de la fibre optique.

Selon l’Arcep, la moitié de l’investissement par abonné pour le développement de la fibre optique concerne les travaux de génie civil, soit 1.000 euros sur un total de 2.000 euros à Paris. Paul Champsaur a souligné avec force que, selon lui, "Les dispositifs actuels ne sont pas suffisants. Il faut un décret permettant de donner aux collectivités locales un pouvoir accru pour forcer la mutualisation".

l’Arcep souhaite, à travers ce décret, inciter un opérateur souhaitant déployer un réseau de fibre optique à l’ouvrir à ses concurrents et, dans le cas de travaux publics de génie civil, d’envisager l’installation systématique de fibre afin d’éviter une nouvelle intervention spécifique et coûteuse.

Ce nouveau cadre réglementaire devrait convaincre les collectivités locales de lancer elles-mêmes les travaux nécessaires au déploiement de la fibre optique, en particulier dans les zones à la population moins dense et peu rentable où les opérateurs privés n’ont pas intérêt à investir. Paul Champsaur souhaite également une coordination entre opérateurs pour la desserte des appartements à l’intérieur des immeubles. Il s’agit aussi de réduire les coûts de déploiement des réseaux très haut débit - surtout liés au génie civil - et de diminuer les barrières à l’entrée pour favoriser la concurrence. Il faut en effet rappeler que les travaux de génie civil représentent la moitié du coût par abonné optique à Paris, mais qu’il peut atteindre jusqu’à 80% dans des villes moyennes.

Cette position très volontariste de l’Arcep vient heureusement d’être relayée par le Gouvernement qui a annoncé que la France se fixait pour objectif de connecter quatre millions de foyers (un foyer sur 6) à l’internet très haut débit via la fibre optique à l’horizon 2012.

Mais pour atteindre cet objectif ambitieux, le gouvernement estime qu’ "une action des pouvoirs publics est nécessaire pour donner une impulsion en faveur du très haut débit afin que la France puisse bénéficier au maximum des retombées industrielles et socio-économiques de cette technologie".

Pour atteindre cet objectif du "tout optique", le Ministère de l’Economie souhaite que la régulation ne se fasse plus au niveau national, comme c’est le cas depuis 1996, date de l’ouverture à la concurrence des télécommunications, mais au niveau local, pour intégrer la dimension essentielle aménagement numérique du territoire. La régulation devra donc tenir compte "de la présence ou non d’infrastructures alternatives et de l’objectif d’aménagement du territoire". Le gouvernement s’engage par ailleurs à "soutenir l’action des collectivités territoriales.

On voit donc qu’en quelques mois, l’idée, longtemps considérée comme utopique, d’une desserte optique de tous les foyers français a fait son chemin et apparaît de plus en plus comme incontournable. Mais notre pays ne peut pas se permettre d’attendre encore une génération pour atteindre cet objectif vital pour notre compétitivité et notre avenir car dans quelques courtes années, des pays comme le Japon, la Corée ou la Suède, qui ont su anticiper la révolution de l’économie numérique, pourront proposer à tous leurs habitants un accès au très haut débit optique.

Notre pays est à présent à la croisée des chemins et doit prendre, à l’occasion de la prochaine législature, une initiative forte, qui pourrait prendre la forme d’une loi de programmation numérique, et viserait à relier en 10 ans la grande majorité des foyers de notre pays au très haut débit optique, complétée pour les foyers ruraux les plus isolés par la technologie radio WiMAx.

Etalé sur une décennie, un tel investissement représenterait environ 4 milliards d’euros par an, soit un plus de 150 euros par et par foyer. Mais il s’agit d’une estimation haute et je suis convaincu qu’avec un nouveau cadre réglementaire incitatif et en suivant les recommandations pleines de bon sens de l’Arcep, nous pourrions mettre en place de nouvelles formes de partenariat entre acteurs publics (collectivités et Etat) et privés et réaliser ainsi de substantielles économies d’échelle, notamment en matière de génie civil.

En réalisant un tel programme, notre pays se donnerait les moyens et les outils pour rester dans la compétition numérique mondiale et créer les emplois et les activités à haute valeur ajoutée cognitive dont la France a besoin pour construire son avenir.

René Trégouët

Sénateur honoraire du Rhône

Président d’Altivis