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Un enjeu social
Vivre chez soi le plus longtemps possible est un vœu ardemment souhaité par nos aînés pour pouvoir envisager une fin de vie paisible. Un vœu partagé par la société qui ne dispose pas assez de lits en institution pour accueillir toutes les personnes en perte d’autonomie. Aujourd’hui, 81 % des plus de 80 ans vivent encore à domicile. C’est le cas également pour les deux tiers des personnes âgées dépendantes. En général, c’est à la famille que revient la charge de ce maintien à domicile. Il faut alors faire face à de nombreuses difficultés, dont certaines sont liées à l’âge même de l’entourage. Le conjoint a en moyenne plus de soixante dix ans et les enfants sont encore en activité. Selon les cas, il faudra recourir à du personnel infirmier pour les soins et la toilette, à une aide ménagère pour l’entretien du logement, le repassage et la préparation des repas, à des portages de repas, à une auxiliaire de vie pour assister la personne âgée au quotidien, voire à une garde de nuit. Près de la moitié des plus de 90 ans ont besoin d’aide pour leur toilette. Selon l’enquête HID (handicap, incapacité, dépendance) de l’INSEE, le besoin d’aide pour la toilette par exemple concerne 5 % des personnes de 70-79 ans, mais 44 % des plus de 90 ans.
Autre difficulté, bon nombre de personnes âgées vivent dans des logements anciens et incommodes. Des travaux d’aménagement de même que des aides techniques (fauteuil roulant, lit médicalisé...) seraient nécessaires, mais le budget reste inabordable pour les plus démunis. Chez elles, les personnes âgées peuvent garder leurs habitudes qui sont autant de repères.
Paradoxalement, le maintien à domicile est aussi la solution qui occasionne le plus de solitude. Il n’est pas rare qu’une personne âgée ne reçoive plus de visite, sauf pour des actes utilitaires. Certaines municipalités tentent de rompre l’isolement en favorisant les rencontres entre les générations et la participation à la vie de quartier. Les bénévoles de certaines associations rendent visite aux personnes seules. Mais si ces contacts égaient leur journée, ils ne comblent pas leur solitude. Alors, la télévision devient le seul dérivatif et souvent la dépression s’installe. Lorsque les incapacités s’accumulent, les personnes âgées doivent se résoudre à partir.
Qu’elle soit forcée ou désirée, l’entrée en institution constitue toujours un déchirement pour la personne âgée. La vie en collectivité a tendance à déresponsabiliser et démotiver, à remettre en question l’individualité du nouveau résident, privé brutalement de son intimité et de son pouvoir de décision.
