Guide Usages

Conclusion

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Dernière mise à jour de cette rubrique: 6 février 2006 - Imprimer cette page

Conclusion : vers une technologie humanisée, transparente et ubiquitaire

Lorsque Gordon Moore, co-fondateur d’Intel, a publié son article dans la revue Electronics Magazine en 1965, il ne pensait certainement pas que ses prévisions se réaliseraient sur une aussi longue période. Du premier processeur 4004 et ses quelque 2300 transistors à l’Itanium 2 à double coeur qui comprend 1,7 milliard de transistors, l’augmentation des performances des microprocesseurs a été le principal moteur du développement des technologies de l’information.

Au fil de ces quatre décennies, Intel est devenu le leader incontesté des microprocesseurs. La première version de la loi de Moore - celle formulée dans "Electronics Magazine" - prévoyait un doublement tous les ans du nombre des composants (qui incluait à l’époque des transistors et des résistors) sur chaque puce, impliquant une augmentation des performances des processeurs d’un même facteur.

En 1975, Gordon Moore révisait sa loi de manière plus prudente en postulant un doublement tous les 24 mois. Il s’est montré visionnaire, bien que la réalité ait quelque peu dépassé sa pensée. En 1965, un simple transistor coûtait plus d’un dollar. Dix ans plus tard, son prix a été divisé par un facteur 100 et l’augmentation de la densité permettait d’intégrer 100.000 transistors sur une puce. De 1979 à 1999, la puissance de calcul exprimée en Mips (million d’instructions par seconde) est passée de 1,5 Mips à plus de 1000 Mips avec le Pentium III. Aujourd’hui, les processeurs Intel les plus performants délivrent 10.000 Mips et peuvent être fabriqués à un coût d’un dix-millième de centimes le transistor.

Dans le domaine connexe des télécommunications, en 1978 notre Minitel fonctionnait à la vitesse de 1275 bits/seconde en voie descendante. L’ADSL2 devrait permettre de proposer aux citadins des débits de l’ordre de 25 Mbits/seconde. En un quart de siècle, le débit aura donc été multiplié par 2000, soit, en moyenne, un doublement tous les ans. Il semble donc bien que nos réseaux de télécommunications aient obéi, eux aussi, à cette Loi de Moore.

Mais à cette Loi de Moore, il faut ajouter, pour les réseaux, la loi de Metcalf

qui prévoit que l’utilité et la valeur d’un réseau progressent comme le carré du nombre des utilisateurs raccordés à ce réseau. Selon cette loi, à chaque fois que ce nombre d’utilisateurs double, l’utilité du réseau quadruple.

Or, si nous observons l’évolution technologique du point de vue historique nous ne pouvons qu’être frappés par l’accélération conjointe du nombre d’innovations et de leur rythme de diffusion, particulièrement dans le domaine des technologies de l’information. Il a en effet fallu plus de 100 ans entre l’invention du téléphone et sa diffusion généralisée dans les foyers. Pour la radio et la télévision, ce délai a encore été de 40 ans et il a fallu un demi-siècle pour que l’ordinateur se banalise chez les particuliers.

Mais l’avènement du mobile et de l’Internet a bouleversé le rythme de cette évolution. Il n’a fallu que 20 ans pour que le grand public adopte le mobile et entre le premier site Web, fin 1990, et l’accès de plus de la moitié des foyers français à l’Internet il ne se sera passé que 15 ans ! Mais ce qui est radicalement nouveau dans l’Internet, ce n’est pas seulement son rythme extraordinaire de diffusion au niveau mondial -un habitant de la planète sur 6 connecté- mais le fait que le Net est à la fois une méta-technologie et un nouveau paradigme techno-économique dont la puissance est sans précédent depuis l’invention de l’imprimerie, il y a plus de cinq siècles.

En moins d’une génération, l’Internet est devenu un immense continuum numérique qui a successivement intégré -absorbé serait un mot plus juste- l’informatique, les télécommunications, la télévision et le multimédia. Aujourd’hui le Net amorce déjà sa 2ème révolution, celle de l’ultra haut débit, de la mobilité, de l’ubiquité et de la virtualisation du monde. Nous disposons à présent d’une telle puissance de calcul et de communication que nous pouvons construire sur le Net non seulement une représentation complète de notre monde physique (en associant à chaque objet un lien et une adresse IP) mais créer également de nouveaux univers purement virtuels et imaginaires qui forment autant de dimensions spatio-temporelles nouvelles à notre disposition.

Dans moins d’une génération, cette mutation sera achevée et l’Internet se sera totalement dématérialisé et devenu à la fois transparent et omniprésent, invisible et incontournable. Nous n’aurons plus alors à aller sur le Net car nous serons en permanence dans le Net. Nous utiliserons de la manière la plus naturelle et plus intuitive qui soit, par la voix, le regard, le toucher et sans doute aussi par la pensée, les prodigieuses ressources du Net et celui-ci effectuera pour nous, en temps masqué, une multitude de tâches sans même que nous nous en rendions compte et souvent avant même que nous ayons à lui demander.

Quant à l’accès au Net, il deviendra ubiquitaire car tous les objets de notre vie quotidienne seront connectés au Web, qu’il s’agisse de nos vêtements, de nos meubles, de nos appareils ménagers ou de nos maisons. Dans cette nouvelle économie dématérialisée, la valeur ajoutée numérique ne résidera plus dans les ordinateurs (puces ou logiciels), ni même dans les réseaux physiques de télécommunications mais dans l’aptitude à produire, combiner et vendre des flux de contenus numériques attractifs et ubiquitaires, c’est-à-dire disponibles pour tous, partout et tout le temps.

L’autre saut technologique qui va révolutionner l’usage du Net concerne nos moteurs de recherche. Demain, nous pourrons poser à ces moteurs des questions complexes, intégrant plusieurs critères, et avoir la réponse directement et immédiatement. Il sera alors possible d’obtenir une réponse directe à une question du genre « Quelle est l’évolution du nombre de cancers du sein chez les femmes de plus de 60 ans en Ile-de-France ? »

Mais cette révolution dans les moteurs de recherche ne s’arrêtera pas là et concernera également les modes d’interrogations. Grâce aux extraordinaires progrès de la reconnaissance et de la commande vocale, il sera également possible d’interroger vocalement nos moteurs de recherche et d’obtenir une réponse orale, ce qui sera un mode de consultation bien plus intuitif et naturel, surtout pour les personnes âgées. En outre, Il sera alors possible de s’affranchir de l’ordinateur et d’utiliser un simple téléphone, ou son mobile, pour demander à son moteur favori « Combien y a-t-il de chambres d’hôtes catégorie 2 épis libres ce soir dans un rayon de 30 Km autour du Lac d’Annecy ». Notre moteur nous répondra alors « Seules trois chambres correspondent à votre demande, je vous envoie le descriptif audio-vidéo de ces trois chambres, pour réserver l’une d’entre elles, dites à tout moment : appel. »

On imagine bien sûr la multitude de services personnalisés qui pourront être associés à de tels systèmes de recherche : audioguidage jusqu’à sa destination, audio signalement des curiosités et spectacles touristiques situés sur le trajet, information sur la météo locale, réservation et paiement à distance par mobile de la chambre, etc... Ces moteurs de recherche intelligents sont en train de devenir des moteurs essentiels de la compétitivité économique et de l’attractivité des territoires, notamment en matière touristique.

Avec ce basculement dans l’Internet ubiquitaire, tous les objets de notre vie quotidienne seront connectés au Web, qu’il s’agisse de nos vêtements, de nos meubles, de nos appareils ménagers ou de nos maisons. Notre monde réel sera alors prolongé et enrichi à l’infini d’une multitude de mondes virtuels dans lesquels nous devrons apprendre à évoluer, travailler et créer.

Mais nous devons veiller à intégrer cette extraordinaire mutation techno-économique dans une dimension éthique et sociale qui lui donne un sens : être au service de tous et notamment de nos concitoyens les plus fragiles. Cette humanisation des nouvelles technologies constitue pour notre société un triple défi, social, éthique et politique et nos collectivités locales, s’appuyant sur leurs compétences irremplaçables de proximité et leur connaissance des aspirations de nos concitoyens, auront un rôle essentiel à jouer pour que notre pays réussisse cette mutation historique et aborde avec force et confiance les sentiers de l’avenir.

Date: 9 janvier 2006 - Consulter cet article seul